Chaque début d’année, les stratégistes boursiers des grandes maisons de gestion dévoilent les prévisions du niveau du CAC40 pendant le reste de l’année. Le hic c’est qu’à chaque fois, les prévisions tombent dans le faux. Optimisme mal placé ou mauvais calcul ? Explications de Michael Mahiddini, spécialiste en assurances.


Des prévisions et des résultats contradictoires

Michael Mahiddini nous dit qu’il n’est jamais facile d’établir des prévisions, surtout lorsque cela se réfère à la bourse.  En effet, les hausses et les chutes ne préviennent pas, c’est pour cela qu’il est plus prudent de prendre une marge. Certaines grandes maisons devraient en prendre de la graine au lieu d’enchainer les mauvaises prévisions et risquer ainsi de casser leur réputation. En 2014, l’indice des valeurs françaises, le CAC40 ont cédé de 0,54 % et ont fini à 4272 points alors que les prévisions tablaient sur une hausse. Toujours optimistes, de grandes maisons telles que la Société Générale, Groupama, Axa, Amundi ou encore Schroders avaient partagé que le CAC40 allait passer de 4600 à 5100 points jusqu’au 31 décembre 2014.  Cet écart a eu raison de leurs méthodes de calcul et a participé à renforcer le doute sur la réelle capacité des grandes maisons à préciser leurs prévisions.

Michael Mahiddini rappelle que les prévisions étaient tout aussi loin de la réalité en 2013 puisque le niveau de CAC40 avait atteint 4296 points au mois de décembre alors que les maisons avaient tablé sur une hausse de seulement de 9%. La Société générale a notamment annoncé 3600 points fin décembre, Cortal Consors a tablé sur 4.000points et Axa annonçait dans ses prévisions, un CAC40 en baisse à 3.800 points. Seules quelques enseignes, qui ont choisi d’opter pour la prudence, se sont rapprochées du niveau de CAC40, à l’instar de CMC Markets et Schroders, qui a annoncé 4200 points et Lazard Frères gestion qui a tablé sur 4250 points.

Pourquoi un tel écart concernant les chiffres ?

Il y a bien une explication pour ces différences entre les prévisions partagées et les résultats. Michael Mahiddini nous précise que le contexte économico-politique actuel en est une des principales raisons. Après la chute du pétrole et la déflation de l’euro, tout était désormais possible et une prévision de l’indice phare des Français à 5100 points alors qu’il se sable à 2472 se comprend alors plus facilement. Les grandes maisons acceptent également leur part de responsabilités.  Groupama a d’ailleurs reconnu qu’il n’avait pas venir la baisse des taux souverains allemands et américains.

Le marché boursier et les profits des entreprises ont également souffert des réformes politiques, des politiques monétaires et autres conséquences des dernières élections. Or, les prévisions des stratégistes boursiers sont faites en fonction de la santé des entreprises et du contexte socio-économique et politique. La Société Générale établit par exemple ses prévisions sur les marchés du moment, mixés à une modélisation mathématique et une étude des risques et de tous les scénarios possibles du CAC40. Toutefois, ses analyses approfondies du marché l’ont encore amené dans le faux puisque ses prévisions du marché étaient en baisse par rapport aux résultats.

Quelles prévisions pour 2015 ?

Pour 2015, Michael Mahiddini affirme que les stratégistes boursiers prévoient une hausse de l’indice phare des valeurs française. La hausse devrait être supérieure à 7 % et inférieure à 10 %, ce qui donne sur un juste milieu de 4,7%, soit un CAC40 de 4700 points. Toujours optimistes, les grandes maisons devraient rester constantes dans leur prévision, mais il faudra toutefois se rappeler qu’avec les incertitudes de l’euro et de la Grèce, il faudra compter avec des distorsions au niveau des chiffres.

La Société Générale et Amundi annoncent encore une fois des prévisions positives pour 2015 avec un CAC40 à 5000 points. Beaucoup plus prudents, BNP Paribas, Oddo, Axa et Edmonde de Rothschild Asset Management restent assez réalistes et annoncent un CAC40 valsant entre 4500 à 4800 points. Enfin, dans la liste des pessimistes, on retrouve Primeview et Groupama qui annoncent respectivement un CAC 40 à 3910 points et 4400 points.

La tendance de l’indice actuelle

Michael Mahiddini nous dit qu’à l’heure actuelle, le CAC40 n’a pas encore trouvé son équilibre, mais que le gain hebdomadaire de +1,5 % laissait présager de bons résultats. Si en France, les pourcentages officiels n’ont pas encore été partagés, à Londres et à Francfort, les chiffres annonçaient respectivement 6.915 et 11.050 points, soit une hausse de +0,4 % et de +0,45 %.  Pour sa part, CMC Markets France estime que l’ombre de la Grèce pourrait changer les prévisions et préfère attendre que les turbulences se calment avant de tabler sur un chiffre précis.

À Wall Street, les stratégistes boursiers se réjouissent des chiffres de PMI pour la zone euro qui est passée à 53,5 points. Annonciateur de croissance économique, cette hausse devrait permettre de stabiliser la situation économique actuelle.  Le marché parisien quant à lui, a sous-performé les indices d’actions, ce qui annonce encore de fausses estimations du CAC40 pour cette année. Toutefois, les plus prudents auront appris la leçon sur les deux dernières années et choisiront de spéculer sur une baisse prévisible de 15 %. Ainsi, Michael Mahiddini pense qu’un CAC40 tuable à 3.500 points pourra être annoncée d’ici la fin de l’été. Pour le reste de l’année, une petite hausse est à prévoir, mais elle ne devrait pas dépasser les récentes montées des actions, ce qui ramènerait le CAC40 à 4.560 points d’ici la fin de l’année.

En résumé, Michael Mahiddini nous dit que les derniers chiffres partagés permettent de retrouver confiance.  2015 s’annonce plus optimiste avec les changements de ton engagés. Il semblerait que l’on avance vers une sortie de crise à la vue des replis de prix de la baisse des taux, des changements qui devraient se remarquer dans les comptes de 2015. En tout cas, les stratégistes boursiers prévoient une croissance médiane des résultats de 15 à 17 % mais bien évidemment, on n’en est qu’au premier trimestre et les tendances peuvent encore changer d’ici la fin de l’année. Il reste à espérer que les stratégistes assureront mieux leurs arrières pour 2015 et seront moins enclins à viser plus haut qu’il n’en faut au risque de se tromper une énième fois dans leurs prévisions.